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Bédésphère

Les amis d'AAAPOUM

18 avril 2008

Exposition Kent à AAAPOUM BAPOUM

L'Homme de Mars s'expose rue Serpente du 22 avril au 22 mai

"Ce qu'on a essayé avec Dionnet, c'est de sortir conjointement mon album BD,
Sales Amours, avec mon premier album solo, Amours Propres. Faire un bel objet. Mais CBS n'a pas voulu, libraires ou disquaires, ils ne savaient pas où le vendre".
Kent, in Métal Hurlant, La machine à rêver de Gilles Poussin et Christian Marmonnier, Denoël, Paris, 2005.

Homme_mars Il aura donc fallu 25 ans à Kent, artiste polyvalent, pour mener à bien son projet de concept album alliant physiquement musique et art séquentiel. Le résultat est donc paru chez Actes Sud BD il y a un mois. 29€ pour un beau bouquin bien imprimé, avec des noirs bien denses qui sentent bon, une jaquette qui se déplie en poster et un CD qui s'intègre dans la couverture. A chaque chanson correspond un chapitre du livre, et vice-versa. On peut parfaitement lire le livre sans écouter le disque et écouter les chansons sans parcourir les planches. Pourtant, cumulés, les deux albums (la polysémie du mot déploie ici toute sa saveur) se fécondent mutuellement : des portes se ferment, d'autres apparaissent. Si les chansons sont d'inspiration plus terrestre, malgré une orchestration cuivrée plutôt cosmique, l'onirisme triomphe dans la BD.

Le séjour d'un martien sur Terre est ainsi l'occasion pour l'auteur de nous livrer de belles pépites de poésie pure. Le découpage y est fluide et impeccable, surprenant et efficace.

Nous mettons cet album à l'honneur dans nos échoppes. Outre le fait que vous pourrez très bientôt nous l'acheter (mais où est le camion ?),  vous aurez la possibilité de venir regarder une trentaine de ses planches originales exposées dans la librairie de la rue Serpente (14 rue Serpente, 75006 Paris, pour ceux qui ne nous connaissent pas encore). La plupart sont en noir et blanc, mais il y a aussi les superbes pleines pages en couleurs directes qui introduisent les différents chapitres. Il faut préciser qu'elles ne sont pas à vendre.

Cette exposition, que nous sommes en train d'accrocher, devrait être visible confortablement à partir du mardi 22 avril et ce pour un bon mois.

09 avril 2008

Bird de Carlos Trillo et Juan Bobillo

Masque, tatouages et vengeance

Le masque et la dualité qu'il crée forment le cœur des histoires de super héros. Plus anciennement c'est un thème couramment abordé dans la littérature populaire. Jekyll et Hyde, Dantès et Monte-Cristo,  de la Vega et  Zorro... les ancêtres de Hulk, Iron-man et Batman sont innombrables. Dans la littérature comme dans le monde des comics certains cas relèvent de la double identité, les autres de la double personnalité (les uns choisissent de revêtir le masque, les autres le subissent). C'est tout naturellement que Carlos Trillo, scénariste argentin à la créativité généreuse et bouillonnante, s'était attaché tout au long du projet Cybersix, qu'il mena avec Carlos Meglia, à souligner les liens qui unissait la bande dessinée à ses sources littéraires. Dans la série Bird, dessinée par Juan Bobillo, 3 tomes parus chez ERKO, il reprend le thème du masque mais cette fois-ci dans un thriller contemporain délaissant le super-héroïsme et les références au profit d'une approche plus psychologique.

Le masque dissimule tout en modifiant ce qu'il recouvre. Le porteur du masque change : puisque sa personnalité est voilée, une nouvelle peut surgir. Le masque est justement un élément primordial dans beaucoup de rituels magiques et le risque est grand pour le porteur de se retrouver possédé.

Bird L'héroïne de Bird s'appelait Jobeth. Son frère parvint à la faire interner dans un  hôpital psychiatrique  pour être le seul à bénéficier d'un héritage familial. La pauvre et timide Jobeth est rendue à l'état de légume à cause des drogues dont elle est abreuvée. Elle parvient tout de même à s'évader. Son ordure de frère lance des tueurs à ses trousses. Pour leur échapper elle change donc d'identité. Le passage se fait par une initiation classique : abandon de pilosité, scarifications et tatouages. Un masque créé par retraits et ajouts à une figure initiale. Désormais elle sera Bird, mannequin adulé au charisme arrogant. Pour se dissimuler elle étale donc son visage sur tous les murs de la ville. Omniprésente (sans pour autant se marier au président) elle devient invisible et tout lui est permis. Elle va pouvoir ourdir sa revanche.

Sans dévoiler davantage une intrigue pleine de rebondissements et d'action mâtinée de sado-masochisme dont sont friands les argentins, il me reste à vous dire que l'histoire est bien complète, menée avec vigueur sans s'embarrasser des ressorts les plus prévisibles. Le plat corsé de drogues, de sexe et de violence tant physique que psychologique est ici servi en couleurs directes, en aquarelles fort tendres, ce qui créé un effet déroutant assez séduisant. Le dessin de Bobillo arrondit ainsi les excès de Trillo par un voile de lavis et insuffle un peu de douceur dans un univers à la noirceur désespérée.

Bien sûr chez AAAPOUM BAPOUM vous trouverez les trois tomes en pack, en très bel état pour ne pas dire neufs, pour la somme concurrentielle de 19,50€ au lieu des 37,50 € initiaux...
 

01 avril 2008

Récurrence de la figure eastwoodienne (annexe 5)

Jeunes talents Fnac 1999

Rue_wattDepuis l'ouverture de ce blog je me suis donné une tâche : recenser les apparitions de Clint Eastwood dans la bande dessinée et jeter les ébauches d'une analyse de l'utilisation de cette figure. C'est ma mission, je dois la mener à bien, quand bien même je n'aurais pas grand chose à dire de certains des objets qui passent sous mes yeux.

Ainsi ce Rue Watt issu d'un concours lancé en 1999 par les Fnac d'Île-de-France. Il s'agissait de découvrir de jeunes talents... Aux participants étaient soumis un thème, le polar, et une phrase "Rue Watt, 31 décembre 1999, il pleut, une ombre passe...". Passons sur la banalité de l'argument, après tout les sujets de rédac' ne sont que des prétextes, et concentrons-nous sur l'objet primé, donc édité, puisque tel était l'enjeu. 3 feuilles A3 pliées en deux et agrafées, celle servant de couverture étant plus épaisse, merci. 8 planches de BD donc. Passons également sur le caractère pingre du mécénat fnacquien pour nous attarder sur ses conséquences. Le scénario élu, écrit par Laurent Benosa, semble avoir été conçu pour s'étendre sur une pagination plus proche d'un "roman dessiné" à la (A suivre...) que d'une nouvelle.   Résultat :  à force d'être elliptique l'histoire en devient obscure.

Dans un noir et blanc synthétique, entre ténèbres et surexposition, Olivier Georges dirige correctement son petit théâtre sans parvenir à dépasser la rigidité de ses sources photographiques. Un défaut propre à de nombreux débutants dont il est malaisé de se départir. Au moins le lauréat arrive-t-il ainsi à produire un Clint EastwoodRue_watt_eastwood ressemblant (dans près de la moitié des cas). Curieux choix, néanmoins, que de recourir aux traits du célèbre Américain pour incarner "Cosme Vilard", un ancien de l'Indochine, fraîchement libéré du pénitencier de l'Île de Ré et arpentant les rue de Paris. Eastwood ne me paraît pas crédible en Français. La star transportant dans ses rides un demi-siècle de cinéma hollywoodien est depuis longtemps déjà un des visages de l'Amérique, identifiable par tout un chacun. Vouloir l'intégrer dans une trame marquée par un féroce ancrage dans le terroir de Lino Ventura était un défi un peu téméraire.

Si ce fascicule est un échec, il n'en demeure pas moins une proposition intéressante. Les deux jeunes talents découverts par la Fnac ne semblent pas avoir récidivé... Dommage.

Lire également dans nos archives :

Récurrence de la figure eastwoodienne : vanités des vanités

Récurrence de la figure eastwoodienne, annexe 1 : Black is beautiful

Récurrence de la figure eastwoodienne, annexe 2 : Dans l'ombre du pistolero

Récurrence de la figure eastwoodienne, annexe 3  : L'oncle d'Irlande

Récurrence de la figure eastwoodienne, annexe 4: Blah Blah

22 mars 2008

Le sanctuaire du Gondwana : safari meurtrier

Mais soudain...

BmhippoDéjà petit je ne supportais pas trop dans Tintin au Congo la scène où Tintin zigouille tout un troupeau d'antilopes en croyant tirer toujours sur la même (un gag repiqué à quelqu'un d'autre d'ailleurs, je crois)...
Mais bon c'est un vieil album du siècle dernier, à l'époque où l'occidental pensait que la planète était une giboyeuse contrée aux richesses inépuisables, où les savanes africaines étaient synonymes de franches parties de rigolade, où la virilité se construisait en empilant des cadavres sur le capot de sa Land Rover. C'était l'époque où accumuler des péripéties suffisait à faire un album de bande dessinée.

Dans Le sanctuaire du Gondwana, le nouveau Blake et Mortimer, c'est à une véritable hécatombe d'animaux que nous assistons... Un éléphant, un lion, une vingtaine de lycaons, un hippopotame... Le pire c'est que nos aventuriers ne sont théoriquement pas là pour faire un safari : ils ont même embauché un gars du coin pour éviter les embûches du terrain !

Alors soit Mombo est un très mauvais guide, soit Yves Sente a un peu manqué de ressources pour meubler les 48 pages des aventures africaines de Blake et Mortimer. Cette seconde hypothèse me semble la plus probante, car le bel ouvrage Dans les coulisses de Blake et Mortimer nous apprend que Juillard, un peu gêné par cette accumulation, a fait part de ses doutes à son compère qui a accepté de retirer une attaque de crocodiles. Merci André.

Pour tous ceux qui apprécient les crayonnés de Juillard, à mon goût plus intéressants que son dessin finalisé, toujours un peu roide, même quand il ne cherche pas à singer Jacobs, l'ouvrage Dans les coulisses de Blake et Mortimer, co-édité par les Editions Blake et Mortimer et par Christian Desbois est tout à fait recommandable.

Christian Desbois organise d'ailleurs une expo Juillard dans sa galerie du 29 mars au 26 avril 2008.

Dans nos archives :

• Sur la maltraitance des animaux :
Non aux châtiments corporels dans Spirou, décembre 2007.

• Sur Blake et Mortimer :
La véritable édition originale de Sato 2, mai 2007.

21 mars 2008

Gin ou Whisky ?

au 99 bis Park Lane...

Bmgin_whisky Pourquoi le professeur Mortimer ment-il à cette brave mistress Benson en lui disant qu'il va se servir un gin alors que manifestement il s'apprête à siroter un scotch whisky ?
Vous en saurez plus en découvrant le 28 mars le nouveau Blake et Mortimer de Yves Sente et André Juillard: Le sanctuaire du Gondwana...

20 mars 2008

Stones ou Beatles ?

Lucy in the sky with diamonds

Moeb_lsdLes éditions Stardom continuent de distiller à leur rythme pépère les aventures de Mœbius à l'intérieur de lui-même, si bien que le décalage entre l'exécution des pages de ce journal crypté et leur parution semble s'accentuer. Inside Mœbius 4 est donc paru.
Je reste partagé sur la nécessité du projet et sur la fraîcheur du résultat. Le nouvel opus ne déroge pas à la règle. Le caractère revendiqué de la vacuité de la plupart de ces planches ne les rend pas plus pertinentes ni moins redondantes. L'auteur s'y perd la plupart du temps en auto exégèse inutilement explicative. L'ouvrage contient néanmoins quelques pépites d'humour et de belles trouvailles. Par ailleurs, le troisième tiers, bien plus fouillé graphiquement se révèle bien plus surprenant et réjouissant de lucidité. Comme si l'esprit du créateur ne se libérait réellement que lorsqu'il soumet sa main à une plus grande contrainte.

Mon camarade et collaborateur Stanley me confiait son agacement devant la case reproduite ici. Comment une telle confusion avait-elle pu se faufiler sans corrections jusqu'à la publication ? Au début je n'accordais pas la même attention à cette supposée bourde. Après tout, Inside Mœbius, tel qu'il nous a été présenté jusqu'ici, n'était qu'un journal de bord, écrit dans l'automatisme de l'improvisation. Document supposé brut, il pouvait se passer de retouches...

Or, il faut constater que l'apparence de l'objet, son caractère luxueux, sa mise en couleurs de plus en plus soignée, sont en parfaite contradiction avec le projet. De plus dans cette dernière livraison on pourra d'ailleurs remarquer que certains lettrages ont été entièrement refaits... Sans doute suite aux remarques des lecteurs parfois perdus devant les gribouillis ornant les phylactères des précédents Inside (oui, quand on est amateur de "Mœb" on se doit d'user de délicieux diminutifs).

Ainsi ce qui serait passé sans problème dans une exercice de diarrhée créatrice à la Sfar devient douteux et ambigu une fois inscrit en lettres d'or dans un ouvrage au final peu spontané aux atours parfumés. Dès lors toutes les interprétations deviennent plausibles. Simple erreur ? Lapsus calami ? Humour vaseux ? Gâtisme ? Conséquence du sevrage cannabique ? Indice pour une révélation ultérieure des arcanes giriens ?

La suite, annoncée pour... février 2009, nous éclairera peut-être, mais est-ce vraiment à souhaiter ?

Dans nos archives : Inside Mœbius 3, L'E dans l'O, mars 2007

31 décembre 2007

Cleet Boris

5c447d718f76350648e63ece05b255b5"Tintin au pays du spleen..."

A l'occasion de la sortie de son nouvel album, Cleet Boris, Hubert Mounier à la ville, est interviewé ici. Très bonne interview, qui donne l'occasion de repasser le film de sa carrière, entre musique et bande dessinée, Ligne claire et Tcha tcha tcha.

Chez Aaapoum, on adore, l'occasion de rappeler que nous avons, pour ceux qui en cherchent, quelques uns de ses livres désormais introuvables, notamment le Temple de la paix de la collection Atomium. Surtout bon réveillon à tous.


27 décembre 2007

Non aux châtiments corporels dans Spirou !

Surveiller et punir

SpipActuellement c'est le Spirou et Fantasio de Yann et Tarrin (et non Verron comme je l'avais préalablement écrit) qui est d'actualité, mais moi je viens seulement de lire le précédent, celui de Fanck Le Gall, sorti début 2007, Les Marais du Temps...

Pas mal du tout cette escapade de nos amis et de Zorglub dans l'exotique Paris de 1865. Pas mal exceptée l'horrible case reproduite ci-contre. Elle me hérisse le poil. Je ne me souviens pas d'une scène d'une telle violence dans une précédente aventure de Spirou. Il n'est pas de "pof ! pof!" adoucissant qui tienne, on voit bien les étoiles noires de la douleur !

Notre bon reporter frappe son fidèle et gentil animal de compagnie et tout ça en lui reprochant sa curiosité, trait de caractère qui devrait être une vertu pour un aventurier...

Ce conformisme, allié à la représentation du châtiment corporel et de la mal traitance des animaux par une figure de héros, un modèle pour la jeunesse, c'est tout simplement dégueulasse. Le pire étant que cette séquence est présentée comme anodine. Beurk.

20 novembre 2007

Giraud et la peinture de l'Ouest américain

Blueb Avis aux amateurs de radio et de westerns

Dimanche après-midi, sur France Culture, l'émission Tout un monde était consacrée à l'exposition "La mythologie de l'Ouest dans l'art américain" au musée des Beaux-arts de Rouen (jusqu'au 10 janvier 2008). A ce propos la parole y est largement donnée à Jean Giraud, qui s'exprime sur son admiration pour les peintres Catlin, Remington et Russell...
Il vous reste un petit mois pour écouter l'émission sur le site de France Culture  et quelques jours pour la podcaster...

06 novembre 2007

Irrésistible

On doit pas être les premiers à la faire...

Archedezoe

On ne l'a pas encore lu mais ça commence comme ça :
«  "Zoé, fais ci, fais ça  !" Autant vous dire que j'avais souvent rêvé de quitter mes parents...».
Il y en a un tome en occaz à 5€ à Serpente.

L'Arche de Zoé de Delente, Miniac et C'Noël. Des Ronds dans l'O éditions, 2006.