Il s'appelle Nevada
Il s'appelle Nevada
Rédigé par Vlad à 14:45 dans BD Argentine | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Rédigé par Vlad à 10:51 dans BD Argentine | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
"Et le sol continuait à trembler
comme si aux alentours galopaient des géants."
En refermant ce deuxième tome de L'Éternaute vous êtes partagé entre deux sentiments : angoisse et émerveillement. Votre cœur est éprouvé par cette longue lecture qu'il vous a été impossible d'interrompre. Si vous avez commencé avant de vous coucher, la nuit est maintenant bien installée. La ville est silencieuse. Il va peut être se mettre à neiger. L'aube se lèvera-t-elle ? Sera-ce le dernier jour de l'humanité ?
Quel dommage que disparaisse une civilisation capable de produire de tels joyaux littéraires.
L'omniprésente voix-off — celle de Juan Salvo — vous aura entraîné aux confins de la peur dans le plus implacable des suspens. Tel le héros, pour échapper à la folie il vous aura fallu aller de l'avant. Juan Salvo, (dont on ignore encore à ce stade du récit comment il en est venu à s'appeler "l'éternaute") n'a pas le temps de dormir : vous ne dormirez pas non plus.
Rares sont les récits de la bibliothèque du neuvième art qui possèdent cette capacité de dévorer leur lectorat. Oui, ce n'est pas le lecteur qui en avale les pages, c'est bien le livre qui mange le lecteur. Son univers déborde, Oesterheld et Solano López vous l'assènent avec constance et persuasion et, insidieusement, vous y êtes : à l'intérieur du livre, avec la neige fatale et les monstres. Ce qui est loin d'être rigolo mais d'une beauté mortelle, comme le disent les protagonistes dans le tome 1. Ce qui apparaissait, lors d'un feuilletage superficiel, côté texte, comme une abondance de récitatifs un peu désuète et, côté dessin, comme un sobriété un peu dépouillée se révèle être un redoutable arsenal de guerre narratif.
Ceux qui n'ont aucune idée de ce que peut bien raconter L'Éternaute, je vais les renvoyer à ma chronique locale du tome 1. Ceux qui étaient des nôtres en janvier savent bien de quoi il retourne, mais seront certainement surpris par le rythme de ce deuxième tome. Si le premier contenait un huis-clos durable, cette suite est une avalanche de péripéties pourtant enchaînées avec logique et sans précipitation. À la 23e page vous serez tout simplement halluciné de constater qu'il vous en reste près d'une centaine d'ici à la quatrième de couverture et touché par tant de générosité feuilletoniste : dire qu'avec ces 23 pages un Corbeyran nous aurait vendu une multi-série sur 3 niveaux et ce bienveillant Joann nous aurait proposé un bottin...
Familliers de la version Breccia, sachez que vous entrer là en territoire complètement inconnu : rien de ce qui va se dérouler n'est évoqué dans les 8 dernières pages de la version 1969.
L'Éternaute, tome 2,
116 pages, noir et blanc. Couverture cartonnée.
24 €.
Parution jeudi 9 juillet 2009
Oui, vous avez bien lu. Amis du carton réjouissez-vous : c'est bien en HARD COVER comme disent les yankees, que paraît ce tome 2. C'est la faute à tous ces libraires de neuf qui ont chouiné que c'était fragile en broché, que ça se tenait pas... et patati et patata. Du coup 4€ de plus (ce qui reste tout de même très raisonnable). Pour l'occasion, le tome 1, dont le premier tirage est pratiquement épuisé, va lui aussi bénéficier d'une réédition cartonnée.
Rédigé par Vlad à 23:32 dans BD Argentine | Lien permanent | Commentaires (14) | TrackBack (0)
Hola chicos,
Sans connexion internet durant
plusieurs jours, je n’avais pas pu vous en tenir informé. Mais lors de mon
séjour à Buenos Aires, j’ai rencontré Lucrecia Martel. Elle m’a invité chez
elle un soir pour parler du projet filmique de L’Eternaute. Au début je voulais
faire, réflexe pavlovien de critique, une interview. Mais dès les premières minutes
elle m’a prévenu : le projet n’est pas signé. Ce soir on échangera des
points de vues ou des idées, l’interview se fera plus tard, si elle fait le
film.
Bref, il y a quand même plusieurs choses que j’ai droit de révéler et qui, d’ors et déjà, donnent une idée de son projet, alléchant je dois avouer. D’autant plus qu’il est aux mains de ce que je considère clairement comme l’une des plus talentueuses cinématographes d’aujourd’hui (merci TG pour la découverte et ses coordonnées)
1° : ce ne sera pas une adaptation, mais une réécriture. L.M ne voit plus l’intérêt de parler de la dictature de nos jours. L’Argentine est selon elle à l’abri pour quelques temps, protégée à la fois par son système législatif et par l’appréhension encore très présente à l’esprit de ces concitoyens. Elle voit d’autres fléaux bien plus menaçants aujourd’hui, et c’est d’eux dont son Eternaute va parler.
2° : L.M a conscience que son film pourrait être le premier film de genre science-fiction ou fantastique du cinéma argentin. Elle travaille donc à définir ce qui pourrait constituer une identité sud-américaine. Pour elle, il est primordial que ce film soit culturellement marqué dans son esthétique et son traitement.
3 °: Le script est à moitié fini. Elle a quelques difficultés à incarner sous forme de monstres et autres fantasmagories les maux qu’elle devine dans la société argentine contemporaine. Pour ce que j’en ai vu, c’est très cohérant, finement pensé, et assez beau. L.M a une grande culture du film d’horreur et sait parfaitement ce qu’elle aime dans ce genre. Elle bossait d’ailleurs à un projet de la sorte quand les producteurs l’ont contacté pour adapter l’Eternaute. Honnêtement c’est prometteur.
4° : Pourquoi le projet tarde tant à se mettre en place ? Pour plusieurs raisons. Tout d’abord les réticences de producteur à son idée de réécrire L’Eternaute. Des questions de moyens, ensuite, vu qu’un tel projet coûte inévitablement plus que les films qu’elle a l’habitude de réaliser. Bref, elle saura plus ou moins avec certitude d’ici quatre mois si le projet se fait ou non. Le tournage aurait alors lieu en 2010.
Voilà, je n’en dirais pas beaucoup plus pour le moment. Mais comptez sur moi pour retourner en Argentine si le projet est signé pour faire une grande interview et des photos de tournages.
Beso.
S. d'Argentine
Ci-joint, photo d’une étrange café musée de la bande dessinée argentine, où j’ai vu plein de dessins originaux et de très veilles historieta, dont des E.O de l’Eternaute
Edit : avant de pleurer ou de vous réjouir, jetez un œil sur les commentaires.
Rédigé par aaapoum à 14:21 dans BD Argentine, Cinéma | Lien permanent | Commentaires (22) | TrackBack (0)
A l'occasion de l'exposition à la galerie Martel (jusqu'au 11 avril - Prolongée jusqu'au 25 avril !!! -), le site Point G nous régale d'un "gros dossier" sur Alberto Breccia.
Rédigé par Vlad à 10:42 dans BD Argentine | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Rédigé par Vlad à 10:53 dans BD Argentine | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
"L'horreur indicible surgissant des tréfonds innommables..."
"En tant que lecteur, la littérature fantastique ne présente pas d'attrait particulier pour moi. Elle m'intéresse comme source d'inspiration pour mon travail, car elle permet d'épanouir mon style dans différentes directions, en dépassant le stade du réalisme".
in Les Cahiers de la Bande Dessinée n°62
Nous éclairant encore plus précisément sur son travail, voici une autre citation d'une interview de Breccia, réalisée en 1989 reprise tant dans l'édition argentine que l'édition française (seconde édition, augmentée, Rackham, 2008) :
"Je me suis très vite rendu compte que le langage traditionnel de la Bande dessinée ne pouvait rendre compte de manière satisfaisante de l'univers de Lovecraft, si bien que j'ai commencé à expérimenter de nouvelles techniques, comme le monotype ou le collage. Ces monstres informes, semblables à ceux que j'avais dessinés dans L'Eternaute, sont faits ainsi parce que je ne voulais pas imposer au lecteur ma propre vision ; je voulais que chaque lecteur ajoute quelque chose de personnel, qu'il utilise la base que je lui fournissais pour la vêtir de ses propres craintes, de sa propre peur. Au début c'était presque un défi : je voulais vérifier si je serais capable de dessiner ce que Lovecraft avait décrit. Je ne sais pas si j'y suis parvenu, mais je peux certifier que durant les presque trois ans que j'ai mis à réaliser ce travail j'ai vécu complètement immergé dans son monde."
Il faut ici saluer l'initiative du très lovecraftien et talentueux Rotomago (Nyarlathotep, U-29 : tous deux chez Akileos), qui a ouvert il y a peu un site bibliographique trilingue consacré à Alberto Breccia :
http://albertobreccia-bibliografia.blogspot.com/
L'Eternaute d'Oesterheld mis en images par Breccia, édité par les humanos (1993), est toujours disponible chez AAAPOUM BAPOUM (PVP 25€), profitez-en...
Rédigé par Vlad à 18:31 dans BD Argentine, Patrimoine | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Mais y'aura des noix de cajou ou pas ?
Qu'est-ce que c'est au juste une "soirée-débat" ? C'est l'appellation un peu fourre-tout que nous avons trouvée pour désigner ce que nous organisons avec les éditions Vertige Graphic ce soir-là à la librairie de la rue Serpente, à partir de 19h. C'est la soirée où vous êtes conviés, cher amis lecteurs et chers clients.
Dans une atmosphère chaleureuse et détendue comme seule sait l'installer Stéphane, peut-être aidé par Lady Stardust qui nous aura sélectionné un bel assortiment musical de tangos et de milongas, vous sera présenté le tome 1 de L'Eternaute, publié le mois dernier aux éditions Vertige Graphic. J'en ai déjà parlé en ces lignes, même Le Monde s'est penché sur ce joyau du patrimoine mondial de la BD. Giusti Zuccato et Bérengère Orieux, les éditeurs français, nous raconteront leur attachement pour cet ouvrage et l'odyssée qu'ils ont menée pour réunir les planches originales, dispersées sur la surface de la Terre depuis le début des années soixante. Giusti venant d'ailleurs de nous prêter 8 planches originales pour l'occasion, vous aurez tout le loisir de les examiner pendant que nous évoquerons le contexte dans lequel ce chef d'œuvre a été conçu et les nombreuses suites et variations qu'il inspira. Puis chacun ira de son interprétation, les questions fuseront, certaines trouveront réponses à leur pied, on fera des comparaisons, des rapprochements plus ou moins pertinents. La conversation débordera sur d'autres bandes dessinées de cet autre continent du 9e art. A ce moment là on sortira quelques bouteilles de vin argentin lui-aussi... Quand vous aurez bu un verre ou deux vous aurez irrésistiblement envie d'acheter quelques unes des merveilles préalablement évoquées et que nous auront malicieusement étendues sur le tapis rouge de nos étalages. Nous vous guiderons alors gentiment vers la caisse, mais pas vers la porte !
Oui nous osons le lancement d'un livre écrit il y a plus de cinquante ans. Oui, absolument sans dédicace. Oui nous préférons discuter dans le monde réel que sur les forums numériques...
Alors nous vous attendons jeudi. 19h. Vous pouvez venir les mains dans les poches, même pas obligés d'acheter le livre (quoique ce serait dommage pour vous de ne pas le faire).
Rédigé par Vlad à 19:48 dans BD Argentine, La vie de la boutique | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
[*] Étant un ignare qui cherche à se soigner, je découvre après avoir écrit cette note que L'Éternaute semble déjà avoir été publié en France dans le petit format Antarès (éditions Mon journal) au début des années 80, du n°38 à 54, sous le nom de L'Ethernaute... Ne les ayant pas, je ne saurais dire si cette édition fut complète ni quelle en fut la qualité. La revue Antarès n'étant pas a l'italienne, on peut craindre un remontage déplaisant.
Rédigé par Vlad à 11:41 dans BD Argentine, La bibliothèque idéale, Patrimoine | Lien permanent | Commentaires (7) | TrackBack (0)
Il y a deux jours on nous demandait du Carlos Meglia à la librairie, et je ne savais même pas qu'il venait de mourir.
Cybersix, la joie de mes lectures de bibliothèques municipales... La dernière série achetée chez Aaapoum Bapoum avant que j'y travaille.
C'est triste.
Travailler avec Crisse ne méritait pas une telle sanction.
Rédigé par Vlad à 00:07 dans BD Argentine | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Masque, tatouages et vengeance
Le masque et la dualité qu'il crée forment le cœur des histoires de super héros. Plus anciennement c'est un thème couramment abordé dans la littérature populaire. Jekyll et Hyde, Dantès et Monte-Cristo, de la Vega et Zorro... les ancêtres de Hulk, Iron-man et Batman sont innombrables. Dans la littérature comme dans le monde des comics certains cas relèvent de la double identité, les autres de la double personnalité (les uns choisissent de revêtir le masque, les autres le subissent). C'est tout naturellement que Carlos Trillo, scénariste argentin à la créativité généreuse et bouillonnante, s'était attaché tout au long du projet Cybersix, qu'il mena avec Carlos Meglia, à souligner les liens qui unissait la bande dessinée à ses sources littéraires. Dans la série Bird, dessinée par Juan Bobillo, 3 tomes parus chez ERKO, il reprend le thème du masque mais cette fois-ci dans un thriller contemporain délaissant le super-héroïsme et les références au profit d'une approche plus psychologique.
Le masque dissimule tout en modifiant ce qu'il recouvre. Le porteur du masque change : puisque sa personnalité est voilée, une nouvelle peut surgir. Le masque est justement un élément primordial dans beaucoup de rituels magiques et le risque est grand pour le porteur de se retrouver possédé.
L'héroïne de Bird s'appelait Jobeth. Son frère parvint à la faire interner dans un hôpital psychiatrique pour être le seul à bénéficier d'un héritage familial. La pauvre et timide Jobeth est rendue à l'état de légume à cause des drogues dont elle est abreuvée. Elle parvient tout de même à s'évader. Son ordure de frère lance des tueurs à ses trousses. Pour leur échapper elle change donc d'identité. Le passage se fait par une initiation classique : abandon de pilosité, scarifications et tatouages. Un masque créé par retraits et ajouts à une figure initiale. Désormais elle sera Bird, mannequin adulé au charisme arrogant. Pour se dissimuler elle étale donc son visage sur tous les murs de la ville. Omniprésente (sans pour autant se marier au président) elle devient invisible et tout lui est permis. Elle va pouvoir ourdir sa revanche.
Sans dévoiler davantage une intrigue pleine de rebondissements et d'action mâtinée de sado-masochisme dont sont friands les argentins, il me reste à vous dire que l'histoire est bien complète, menée avec vigueur sans s'embarrasser des ressorts les plus prévisibles. Le plat corsé de drogues, de sexe et de violence tant physique que psychologique est ici servi en couleurs directes, en aquarelles fort tendres, ce qui créé un effet déroutant assez séduisant. Le dessin de Bobillo arrondit ainsi les excès de Trillo par un voile de lavis et insuffle un peu de douceur dans un univers à la noirceur désespérée.
Bien sûr chez AAAPOUM BAPOUM vous trouverez les trois tomes en pack, en très bel état pour ne pas dire neufs, pour la somme concurrentielle de 19,50€ au lieu des 37,50 € initiaux...
Rédigé par Vlad à 16:36 dans BD Argentine | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
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