Dans la brume tous les chats sont gris
Attention, ci-après la démonstration que nous sommes des commerçants pratiquant une forme supérieure de retape : nous vous donnons une chance d'échapper à nos suggestions d'achats en n'hésitant pas à souligner certains défauts des objets de nos engouements.
Cela ne manque pas d'ironie. Voilà un maître du neuvième art — Attilio Micheluzzi — un majestueux conteur qui n'hésite pas à traîner ses personnages dans la boue des civilisations, un scénariste malicieux qui dépeint des caractères ambigus et des situations inattendues et incertaines, un subtil dessinateur au pinceau aérien, qui a précisément des difficultés pour transcrire les tons intermédiaires entre le noir et le blanc. Pourtant dans Marcel Labrume (un nom qui est un programme de l'indistinct) il essaie sans cesse d'atténuer le constraste caniffien (NDLR : de Milton Caniff, quoi), sur lequel il a bâti son style, à l'aide de tactiques diverses : petits points pour les collines lointaines... hachures diverses... croisillons. Aucune ne me paraît satisfaisante, surtout dans la première partie, ou d'abondants croisillons malhabiles semblent faire du remplissage hâtif des surfaces nocturnes.
En lisant ces planches je réussis à m'extraire de leur captivante intrigue grâce à la résurgence opportune d'un souvenir de cours de fac. Il y a une quinzaine d'années, je me souviens que le sarcastique Séra, qui élargit mon horizon bédéïque comme celui de tas de couillons d'étudiants parisiens, répétait devant nos planches tâtonnantes : “les hachures croisées, ça ne sert qu'à une chose : à représenter des grillages !“.
Bon sans déconner, je vous attends demain soir pour discuter de tout ça entre autres.
En plus les planches que Madame Micheluzzi nous a très gentiment prêtées (grâce au pouvoir de persuasion de Michel Jans) sont splendides et parfaitement dénuées de remplissage. À pleurer si on n'était pas de vrais hommes plein de morgue, ayant endossé une panoplie de solitaire élimée par les vents du désert.
Marcel Labrume, Éditions Mosquito, 150 pages d'aventures, d'espionnage, de guerre, d'amours interrompues, de regrets sans repentirs. Tout ça en noir et blanc et pour 20 €.
Il semble quand même, que l'exemple que tu nous montres représente un grillage justement. Mais j'ai peut être mal compris ta démonstration...
Sinon votre expo est très chouette.
Rédigé par: Surricat | mardi 27 octobre 2009 à 21:36
C'est gentil d'être passé !
Oui il y a bien un grillage dans la seconde bande... dans la première c'est juste un fond nocturne.
Marcel a garé sa voiture un peu plus loin (on la voit derrière) et s'approche du grillage de l'aéroport (on ne le voit pas encore, puisqu'il est derrière le spectateur). bref moi je trouvais que les hachures fonctionnait bien dans la seconde bande et pas dans la première, et hop c'est à ce moment que m'est revenue la sentence de Séra... que j'avais complètement oubliée. Dogme que je ne partage pas (y'a des tas de dessinateurs qui assurent de la hachure), mais qui semble tout à fait approprié dans l'exemple ici présenté.
Rédigé par: Vlad | mardi 27 octobre 2009 à 23:01
Ouais, les hachures c'est aussi pour se la péter gravure, gustave doré et tutti quanti... frimeur quoi.
Rédigé par: La Jole | mercredi 28 octobre 2009 à 14:46
Mes souvenirs du début des années 80 me laissaient perplexe quant à la vivacité narquoisement cynique de la critique implicite contenue dans la notule puis dans le commentaire de Vlad relatifs à l'usage de la hachure chez Micheluzzi. Je dois avouer qu'en reprenant les deux albums, j'ai l'impression que l'auteur s'est livré à des expérimentations qu'il a utilisées par la suite. Pour ne pas recommencer.
Bravo Vlad.
Rédigé par: Joseph talbot | lundi 09 novembre 2009 à 17:37